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«Vivre d’abord, philosopher ensuite», voilà qui a un sens profond, et tout autre que, peut-être, ne lui prêtent certains ! Il ne s’agit point, pour vivre vraiment, de s’élancer dans la vie strictement utilitaire, matérielle, lourde, avide de jouissances, tant que forces, jeunesse, donnent vigueur et insouciance, et de se consacrer ensuite, en des heures sombres, amères, poignantes, à regretter, à creuser un problème qu’on juge insondable, parce qu’on n’a pas pris, à temps, l’attitude qui eut permis d’en trouver en soi la clé; parce qu’on ne s’est pas montré digne de vivre vraiment, quand il en était temps !

Ce que beaucoup appellent philosopher, c’est tourner et retourner des théories creuses, des hypothèses sans fondement, des regrets stériles, ou encore nourrir des marottes imaginaires, et terminer tous débats, sérieux ou oiseux, par des propos désabusés, stériles, négateurs... Cela n’est ni vivre ni philosopher !

Vivre, c’est agir, c’est utiliser, c’est développer, faire épanouir, mûrir, améliorer, féconder tout en soi et autour de soi, et la véritable philosophie de la vie, tout naturellement alors, découle de l’activité de cette existence pleine, claire, pure, et se fait jour, tout simplement, dans le champ de la compréhension. Cette leçon de la vie véritable, qui en est la seule philosophie vraie, qui, par développement harmonieux de toutes activités corporelles, cérébrales, permet à la conscience d’affleurer, à la vraie pensée de se manifester à l’être, et de lui ouvrir les yeux sur la véritable signification de sa vie, de son but, sur sa véritable nature - elle ne se révèle, elle ne devient lumineuse, claire, accessible dans sa simplicité que pour qui, non point âprement s’acharne par de mauvais moyens à en poursuivre la possession, mais la mérite, la gagne, la rejoint paisiblement par les seules justes voies de pureté, simplicité, travail et amour.

Tout est en l’homme, oui, tout fut acquis gagné et repassé d’être en être, depuis toujours mais ce n’est pas suffisant ! Pour que chaque être prenne possession de ces trésors qui vont grandissant sans cesse et qui sont pour lui, à lui, dont chacun peut et doit faire usage, en y ajoutant le fruit de ses efforts de ses acquis, il faut qu’il les reconquière, qu’il les regagne, en les méritant ! Combien d’existences se passent, étroites, confuses, misérables, faute, pour le malheureux qui gémit, d’avoir eu le courage nécessaire pour la mise en œuvre, le déroulement, le déploiement des splendeurs encloses en lui. Croire en soi, non point emphatiquement vainement, et tout en se conduisant à rebours de toutes lois vraies, de toute dignité : ce qui est simple et coupable outrecuidance appelant - et recevant - cinglants avis et rappels; croire seulement en son courage, en sa possibilité d’être utile, et se mettre tout de suite à chercher le moyen d’y parvenir, et l’appliquer ! Comprendre, tout prosaïquement, que le corps, tout d’abord, doit être sain, équilibré; agir conséquemment dans cette vue, puis, ensuite, à mesure qu’une plus juste harmonie fonctionnelle s’établit, constater la présence réelle en soi, et en user rationnellement, des facultés cérébrales qui se réveillent. Suivre en soi le développement, le déroulement, sain, logique de la Pensée et exprimer celle-ci par des actes accomplis avec conscience et joie, ça, c’est vivre d’abord ! C’est se mettre à l’accord juste, à l’unisson avec les grandes lois d’harmonie, équilibre, c’est, peu à peu, être apte à comprendre la grande, la simple, la merveilleuse philosophie de la vie!

Respirer est à la fois la clé, le moyen, le guide pour tout, dans l’existence de l’homme. Nul ne parvient à développer ses cellules cérébrales, à maîtriser son organisme, qui ne commence par là, parce que, par l’harmonisation ainsi obtenue, toutes autres voies et possibilités se dessinent, se précisent, s’offrent, limpides et simples pour tous accomplissements, sur tous plans, en tous domaines.

Lorsqu’une activité organique complète et aisée est acquise, contrôlée, il n’est plus de limitations cérébrales ni mentales, et la pensée simplement, clairement, indique, conduit les opérations de la vie de l’être. On ne songe plus alors à chercher la clef du problème de la vie dans des études ardues, des théories confuses et mystérieuses; on a rejeté l’illusion, on sait qu’il n’y a pas de mystères impénétrables, que la vie de chacun, peu à peu, à mesure des réalisations obtenues, gagne des plans successifs où, par compréhension progressive, normale, l’inconnu d’hier devient partie claire de la vie d’aujourd’hui, prépare la vie plus consciente de demain.

La tâche première de l’individu est de parvenir à pénétrer le sens de sa propre manifestation; de reconnaître les moyens dont il est pourvu, en vue de ses accomplissements; de comprendre, de reconnaître également la nature des échanges et réactions qui ont lieu sans arrêt entre lui et le monde objectif, extérieur, entre son individualité et l’Univers, entre son organisme, la nature et l’ambiance où il opère. Avec tant soi peu d’attention et de réflexion consacrées à l’observation de soi et de son activité, sans qu’il soit question de grands mots ni de mystères, chacun, aisément, en vient à conclure rapidement que le premier point d’échange, de soutien vital est la respiration, qui, durant toute l’existence, maintient active dans l’être la manifestation de vie matérielle et de pensée, qui relie, sans jamais un arrêt, la vie individuelle à la grande source de vie Universelle - cette Respiration qui amorce et soutient également toutes fonctions corporelles.

Il est possible de subsister sans prendre de nourriture pendant fort longtemps, mais on ne saurait priver de l’apport atmosphérique une créature humaine sans qu’elle succombe au bout de très peu de temps.

Circulation sanguine, recharge nerveuse, nutrition, équilibre cérébral, activité mentale, sont conduits, influencés par la respiration dans des proportions immenses et directes. Rien de ce qui se passe au sein de l’organisme ne saurait être correct sans l’apport vivifiant de l’inspiration qui apporte au sang vitalisation, impulsion, purification, et qui, par là, conditionne tous les processus vitaux. L’expiration, qui est la deuxième partie de l’acte respiratoire, en contribuant à la libération de l’organisme par la décharge, le rejet des poisons et acides, des déchets gazeux, résultats de activité fonctionnelle, est d’une importance également grande; l’attention apportée à son exécution complète, profonde, améliore toute la nutrition organique et cérébrale, elle doit être l’objet d’une constante observation.

Il ne faut jamais partir à la recherche de sa pensée en oubliant d’améliorer son état organique, car on est certain, alors, de ne jamais aboutir. Il y a voile, interception entre conception et réalisation, tant que corps et cerveau n’échangent pas harmonieusement.

Le but de la vie humaine est d'amener à efficience, à rendement complet, toutes les facultés capables de contribuer à rendre la vie heureuse, féconde, consciente d’elle-même, en chaque Etre. Le milieu où l'homme est appelé à vivre doit être considéré par lui comme un véritable domaine d’étude, d’expérience, destiné à devenir son bien; il doit s'en faire un appui, une force; cela vient lorsque, par ses efforts, sa connaissance retrouvée et justement employée, il a gagné de maîtriser et gouverner tout ce qu'il envisage et emploie.

Dr HANISH, Otoman Zar-Adusht «L’Art de la Respiration»

LES ÉDITIONS Mazdéennes, 152, Boulevard Saint-Germain, PARIS-VI, 1957

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